La fureur meurtrière de Boko Haram se déchaîne au Nigeria
La fureur meurtrière de Boko Haram se déchaîne au Nigeria
Le Temps, 13 Jan 2015
URL: http://www.letemps.ch/Page/Uuid/14474eea-9a9f-11e4-aa73-0eb920ec942b/La_fureur_meurtri%C3%A8re_de_Boko_Haram_se_d%C3%A9cha%C3%AEne_au_Nigeria
Angélique Mounier-Kuhn
Des centaines de personnes, peut-être des milliers, sont mortes dans l’attaque de la ville de Baga, la pire perpétrée par la secte islamiste. La spirale de l’horreur n’a plus aucune limite
Borye Kim dit qu’il s’est aventuré au cœur de la nuit à Baga, pour tenter d’y récupérer les économies qu’il avait abandonnées dans sa maison en prenant la fuite. «Il y a des corps partout. Toute la ville empeste l’odeur de cadavres en décomposition», a confié lundi ce témoin à l’AFP, dix jours après que Baga, une bourgade de pêcheurs sur les rives du lac Tchad, à l’extrême nord-est du Nigeria, a été foudroyée par une attaque de Boko Haram. Il était 6h30 du matin, ce 3 janvier, quand les hordes de la secte islamiste ont fondu avec leurs pick-up et armes lourdes sur cette ville de plusieurs milliers d’habitants. En très peu de temps, elles ont submergé les soldats de la base militaire située à l’extérieur de la ville. Elle était il y a encore quelque temps le siège d’une force régionale regroupant des forces nigérianes, nigériennes et tchadiennes. Mais seuls des soldats nigérians s’y trouvaient encore.
Innombrables cadavres
«Par la suite, ils ont investi la ville et se sont rendus de maison en maison pour en extraire les habitants. Ils les ont abattus, en priorité les hommes jeunes. Et ils ont tiré sur ceux qui tentaient de fuir», relate Daniel Eyre, chercheur d’Amnesty International sur le Nigeria. Depuis la semaine passée, l’organisation s’affaire à rassembler des informations et à analyser des photos satellite pour prendre la mesure du cataclysme qui s’est abattu sur Baga. Au vu des premiers témoignages de rescapés, elle a d’ores et déjà qualifié ce raid, qui s’est poursuivi dans une quinzaine de villages alentour, d’attaque vraisemblablement «la plus meurtrière» jamais perpétrée par les insurgés islamistes. «Un vieil homme détenu plusieurs jours avant d’être relâché nous a relaté qu’en faisant route vers Maiduguri [la capitale de l’Etat de Borno, distante de près de 200 km] il avait vu d’innombrables cadavres», poursuit Daniel Eyre.
«Tragédie monumentale»
Impossible d’établir un bilan précis; passés sous le contrôle des insurgés et saccagés par pans entiers, Baga et ses environs restent hors d’atteinte. Mais sans nul doute, plusieurs centaines de personnes ont péri dans le massacre, jusqu’à 2000, évaluent les plus pessimistes. Le Haut-Commissariat aux réfugiés a annoncé de son côté que dans les jours qui ont suivi l’assaut, plus de 7300 personnes, des familles démembrées dans leur fuite, s’étaient réfugiées au Tchad. Ce pays apparaît dorénavant en première ligne de la frénésie de conquête territoriale de Boko Haram, au même titre que le Cameroun voisin, objet d’attaques répétées depuis des mois. «Paul Biya [le président du Cameroun], si tu ne mets pas fin à ton plan maléfique, tu vas avoir droit au même sort que le Nigeria […]. Tes soldats ne peuvent rien contre nous», avait menacé début janvier le leader de la secte, Abubakar Shekau, dans une vidéo mise en ligne. Hier, l’armée camerounaise a affirmé avoir repoussé «après des combats intenses» un nouvel assaut du groupe islamiste dans la ville de Kolofata, au nord-ouest du pays.
Baga est le drame de trop, a en substance lancé hier dans un cri douloureux Ignatius Kaigama, archevêque catholique de la ville de Jos, au centre du Nigeria. «C’est une tragédie monumentale. Elle a attristé tout le pays. Et pourtant, nous sommes dépourvus d’appui», a-t-il déclaré à la BBC, en implorant une mobilisation de soutien d’ampleur similaire à celle dont la France a bénéficié ces derniers jours. «Cette attaque illustre de manière saisissante l’aggravation de la situation au nord-est du Nigeria depuis un an», dit Daniel Eyre. Vingt villes y sont passées sous le contrôle de Boko Haram, des centaines de milliers de personnes ont été déracinées. «Ceux qui restent ne vivent plus que dans la peur des attaques dorénavant quotidiennes», ajoute le chercheur.
Le week-end écoulé n’a pas fait exception à cette spirale criminelle. Dimanche, les explosions de deux femmes ceinturées d’explosifs ont tué au moins quatre personnes sur le marché de Potiskum, en pleine heure d’affluence. La veille, un attentat à la voiture piégée avait déjà secoué la ville. Ce même samedi, une explosion a elle aussi fait couler le sang sur le marché de Maiduguri: au moins 20 morts. Signe particulier, la kamikaze, qui dissimulait la bombe sous son voile, n’était qu’une toute petite fille. D’après les témoins, elle avait 10 ans tout au plus. Un nouveau palier dans l’horreur absolue.
Des centaines de personnes, peut-être des milliers, sont mortes dans l’attaque de la ville de Baga, la pire perpétrée par la secte islamiste. La spirale de l’horreur n’a plus aucune limite
Borye Kim dit qu’il s’est aventuré au cœur de la nuit à Baga, pour tenter d’y récupérer les économies qu’il avait abandonnées dans sa maison en prenant la fuite. «Il y a des corps partout. Toute la ville empeste l’odeur de cadavres en décomposition», a confié lundi ce témoin à l’AFP, dix jours après que Baga, une bourgade de pêcheurs sur les rives du lac Tchad, à l’extrême nord-est du Nigeria, a été foudroyée par une attaque de Boko Haram. Il était 6h30 du matin, ce 3 janvier, quand les hordes de la secte islamiste ont fondu avec leurs pick-up et armes lourdes sur cette ville de plusieurs milliers d’habitants. En très peu de temps, elles ont submergé les soldats de la base militaire située à l’extérieur de la ville. Elle était il y a encore quelque temps le siège d’une force régionale regroupant des forces nigérianes, nigériennes et tchadiennes. Mais seuls des soldats nigérians s’y trouvaient encore.
Innombrables cadavres
«Par la suite, ils ont investi la ville et se sont rendus de maison en maison pour en extraire les habitants. Ils les ont abattus, en priorité les hommes jeunes. Et ils ont tiré sur ceux qui tentaient de fuir», relate Daniel Eyre, chercheur d’Amnesty International sur le Nigeria. Depuis la semaine passée, l’organisation s’affaire à rassembler des informations et à analyser des photos satellite pour prendre la mesure du cataclysme qui s’est abattu sur Baga. Au vu des premiers témoignages de rescapés, elle a d’ores et déjà qualifié ce raid, qui s’est poursuivi dans une quinzaine de villages alentour, d’attaque vraisemblablement «la plus meurtrière» jamais perpétrée par les insurgés islamistes. «Un vieil homme détenu plusieurs jours avant d’être relâché nous a relaté qu’en faisant route vers Maiduguri [la capitale de l’Etat de Borno, distante de près de 200 km] il avait vu d’innombrables cadavres», poursuit Daniel Eyre.
«Tragédie monumentale»
Impossible d’établir un bilan précis; passés sous le contrôle des insurgés et saccagés par pans entiers, Baga et ses environs restent hors d’atteinte. Mais sans nul doute, plusieurs centaines de personnes ont péri dans le massacre, jusqu’à 2000, évaluent les plus pessimistes. Le Haut-Commissariat aux réfugiés a annoncé de son côté que dans les jours qui ont suivi l’assaut, plus de 7300 personnes, des familles démembrées dans leur fuite, s’étaient réfugiées au Tchad. Ce pays apparaît dorénavant en première ligne de la frénésie de conquête territoriale de Boko Haram, au même titre que le Cameroun voisin, objet d’attaques répétées depuis des mois. «Paul Biya [le président du Cameroun], si tu ne mets pas fin à ton plan maléfique, tu vas avoir droit au même sort que le Nigeria […]. Tes soldats ne peuvent rien contre nous», avait menacé début janvier le leader de la secte, Abubakar Shekau, dans une vidéo mise en ligne. Hier, l’armée camerounaise a affirmé avoir repoussé «après des combats intenses» un nouvel assaut du groupe islamiste dans la ville de Kolofata, au nord-ouest du pays.
Baga est le drame de trop, a en substance lancé hier dans un cri douloureux Ignatius Kaigama, archevêque catholique de la ville de Jos, au centre du Nigeria. «C’est une tragédie monumentale. Elle a attristé tout le pays. Et pourtant, nous sommes dépourvus d’appui», a-t-il déclaré à la BBC, en implorant une mobilisation de soutien d’ampleur similaire à celle dont la France a bénéficié ces derniers jours. «Cette attaque illustre de manière saisissante l’aggravation de la situation au nord-est du Nigeria depuis un an», dit Daniel Eyre. Vingt villes y sont passées sous le contrôle de Boko Haram, des centaines de milliers de personnes ont été déracinées. «Ceux qui restent ne vivent plus que dans la peur des attaques dorénavant quotidiennes», ajoute le chercheur.
Le week-end écoulé n’a pas fait exception à cette spirale criminelle. Dimanche, les explosions de deux femmes ceinturées d’explosifs ont tué au moins quatre personnes sur le marché de Potiskum, en pleine heure d’affluence. La veille, un attentat à la voiture piégée avait déjà secoué la ville. Ce même samedi, une explosion a elle aussi fait couler le sang sur le marché de Maiduguri: au moins 20 morts. Signe particulier, la kamikaze, qui dissimulait la bombe sous son voile, n’était qu’une toute petite fille. D’après les témoins, elle avait 10 ans tout au plus. Un nouveau palier dans l’horreur absolue.